La lutte avance doucement mais sûrement

La lutte avance doucement mais sûrement

Article Le Defi Quotidien, 24 Mai 2021.

Au moment où de nombreuses familles se trouvent en situation précaire à Maurice, la lutte contre le gaspillage alimentaire revêt d’une importance majeure. Les entreprises locales s’engagent davantage dans cette lutte.

Le constat est glaçant. Selon le Bureau des statistiques, pas moins de 146 662 tonnes de nourritures sont gaspillées par an à Maurice. Sur une base journalière, le landfill reçoit 1 400 tonnes de déchets dont 27% de foodwaste. 253 kilos de nourriture seraient jetés chaque minute. Cela n’est pas sans conséquence sur la planète. En effet, selon le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture publié en 2013, le gaspillage alimentaire représente chaque année entre 25 et 30% de la nourriture produite. Cela équivaut à 1,3 milliard de tonnes. Ce même rapport souligne que le gaspillage alimentaire contribue à 8% des émissions de gaz a effet de serre au niveau global.

Cependant, l’apport des entreprises locales dans la lutte donne une indication quant a la prise de conscience. Sonny Wong souligne qu’Innodis a à cœur de réduire le gaspillage alimentaire et de subvenir aux besoins des familles vulnérables. ” Il y a de plus en plus de familles qui sont plongées dans la pauvreté. Plusieurs personnes ont perdu leur travail et le taux de chômage augmente. Chez Innodis, nous contribuons entre 2 000 à 3 000 repas par mois à travers les ONG ”, explique le Chief Operating Officer du groupe. Innodis opère selon un système de tri pour les produits retour en provenance des supermarchés. Les produits dont les emballages sont endommagés sont rassemblés et reconditionnés avant d’être récupérés par des ONG ou FoodWise.

D’autres entreprises, à l’instar de Panagora, collaborent également avec FoodWise. Yovan Jankee, Head of Strategy & Communication du groupe, fait ressortir que Panagora est un partenaire de la première heure de FoodWise, ayant participé au projet pilote de 2017-2018. ”Depuis, nous collaborons avec eux à deux niveaux. D’abord, en tant que ”food transporter” pour assurer le transport des repas donnés par les entreprises partenaires comme KFC à des ONG. Ensuite, nous sommes un ”Food Donor” qui offrons des produits à divers ONG via le réseau FoodWise ”, soutient-il. Panagora a, par ailleurs, donné un peu plus de 10 tonnes de produits, dont des champignons, des conserves de légumes, ou même des produits bio, pour cette année financière. Depuis la fin du dernier confinement, Panagora a mis en place plusieurs mesures qui ont permis de réduire le montant du ”food waste” de plus de 60%, comparé à l’an dernier.

Cependant, de l’avis de Zoë Rozar, directrice de Biobin, il n’y a pas de véritable stratégie nationale de transition pour lutter contre le gaspillage alimentaire.  Il est important, avance-t-elle, de disposer d’un budget travaillé avec le ministre de l’Environnement.

 

QUESTIONS À…

Rebecca Espitalier-Noël, Managing Director de Foodwise :

”C’est impératif pour l’image de marque d’une entreprise de lutter contre le gaspillage” 

Quel est votre constat concernant la prise de conscience du gaspillage alimentaire au niveau des entreprises ?

Les choses bougent positivement et les entreprises sont de plus en plus conscientes des impacts économiques, sociaux et environnementaux du gaspillage alimentaires.

Certains réalisent enfin que valoriser les déchets alimentaire grâce à l’économie circulaire permet de générer des revenus qui ne sont pas à négliger. Malheureusement, d’autres continuent à mettre de la javel sur des produits encore bons, c’est affligeant.

Au niveau social, il y a une plus grande visibilité sur les conditions précaires dans lesquelles vivent des milliers de Mauriciens et les entreprises souhaitent utiliser les aliments qu’elles ne peuvent pas vendre pour aider ces personnes et avoir un impact positif.

La prise de conscience au niveau environnemental est plus lente même si elle progresse. Le gaspillage alimentaire est aujourd’hui une aberration qui contribue à plus de 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, 27% des déchets à Mare-Chicose sont alimentaires, il y a de l’or dans nos poubelles.

Y-a-t-il davantage d’entreprises qui s’engagent dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

FoodWise a commencé son activité en janvier 2019. Entre nos débuts à aujourd’hui, il y a un monde de différence même si énormément reste à faire. La redistribution alimentaire commence à se démocratiser et cela devient anormal si une compagnie jette des produits alors qu’ils sont encore bons. En 2019 c’était une pratique commune, aujourd’hui c’est une honte.

Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et c’est aujourd’hui impératif pour l’image de marque de lutter contre le gaspillage.

FoodWise travaille avec plus de 220 entreprises et sauve en moyenne 500 tonnes de produits alimentaires par an, ce qui permet de redistribuer environ 2 millions de repas.

Quelles sont les mesures qui peuvent aider à contrecarrer la problématique du gaspillage alimentaire ? 

Il y en a énormément. Je vous en cite trois hormis la redistribution alimentaire, qui va de soi.

Les consommateurs et les entreprises ne sont aussi pas au courant des façons dont ils peuvent réduire leur gaspillage. FoodWise lance en juin une formation et certification nommée ‘THE PLEDGE on Food Waste’, en collaboration avec Business Mauritius, LightBlue Consulting et la HRDC pour les hôtels, cantines et restaurants pour les aider à ce niveau. Nous sensibilisons aussi les consommateurs à travers un bar à jus fait avec des fruits et légumes imparfaits, nommé Rejuice et situé à Bagatelle. Un deuxième outlet ouvrira en septembre prochain.

La deuxième option est grâce aux mesures gouvernementales. Le fait qu’il n’y ait pas de différence entre le ‘best before date’, le ‘expiry date’, et le ‘sell by date’ crée énormément de gaspillage. Nous travaillons en ce moment avec le secteur public afin qu’une distinction claire soit faite entre ces dates. Cela permettra d’accroître les ventes et les donations pour les produits ‘best before’ qui n’auront pas à être jetés après la date et donc de réduire le gaspillage alimentaire.

La troisième option est l’amélioration du supply chain. 40% des fruits et légumes produits sont jetés à Maurice à cause des conditions de stockage notamment. Nous travaillons avec la Small Planters Association et la Chambre de l’Agriculture pour donner une seconde vie à ces produits.

Propos recueillis par Fabrice Larétif 

Source: Le Defi Quotidien, 24 Mai 2021.