Halte au gaspillage alimentaire

Article de Travel Iles

D’un côté, de la nourriture jetée par tonnes et de l’autre, des gens qui n’ont pas de quoi se nourrir…. C’est ce paradoxe qui a incité des jeunes à créer Foodwise, une entreprise : sociale qui met en place un cadre légal et sanitaire afin que les entreprises puissent redistribuer leur surplus alimentaire aux personnes défavorisées en toute sécurité.

Produire, transformer, conserver, emballer, transporter … pour ensuite jeter. Le gaspillage alimentaire est l’un des grands défis du siècle : près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde finit à la poubelle, sans avoir été consommée. Et Maurice n’est pas en reste. 280 kilos de nourriture sont jetés chaque minute dans le pays. Cela, alors même que des milliers de personnes défavorisées ne mangent pas à leur faim… C’est en voulant rétablir un certain équilibre que Foodwise Mauritius a vu le jour, à l’initiative de quelques jeunes déterminés. Cette organisation aide les entreprises à redistribuer les surplus et les invendus à des ONG caritatives. Et depuis leurs débuts en novembre 2018, ils sont parvenus à redistribuer plus de 35 tonnes de nourriture ! 

« Nous travaillons avec une cinquantaine d’ONG qui s’occupent des personnes âgées, des femmes battues, des enfants défavorisés, d’anciens prisonniers, de personnes souffrant de dépendance à l’alcool ou qui sont à la rue, entre autres. Grâce aux dons, ils ont la possibilité d’avoir régulièrement des repas chauds, sains, diversifiés et de bonne qualité », indique Rebecca Espitalier-Noël, directrice de Foodwise Mauritius. Ces dons permettent aussi d’alléger le budget nourriture de ces ONG qui ont la possibilité d’utiliser cet argent pour autre chose, fait-elle ressortir. « Par exemple, la maison de retraite BPS Residential Care Home à Belle Rose a pu économiser plus de trois-quarts de son budget nourriture, soit Rs 26 000 sur un mois, grâce aux dons de Winner’s Trianon », explique Aurélia Desmarais, Operations Coordinator de Foodwise. SOS Femmes reçoit, de son côté, des fruits et légumes de Proxifresh toutes les semaines, ce qui leur permet de faire plus de Rs 8 000 d’économie sur le budget. « Parfois, il y a tellement de fruits et légumes qu’elles en font des tartes, des achards qu’elles partagent avec les gens de l’ONG et les donneurs. »

Madagascar

En luttant contre le gaspillage alimentaire, la mission de Foodwise n’est pas que sociale, mais également environnementale. En effet, 27% des déchets jetés à la déchetterie de Mare Chicose sont alimentaires, ce qui en fait le déchet principal devant le plastique et le papier. Et quand la nourriture est jetée dans les décharges, elle se décompose au contact de l’air et dégage du méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus redoutables. D’ailleurs, au niveau mondial, la nourriture non consommée représente 8% des émissions de gaz à effet de serre. « Qui plus est, quand on jette un aliment, on ne jette pas seulement le produit mais aussi toute l’eau, l’énergie et les ressources humaines qui ont été utilisées pour produire, emballer et transporter l’aliment », fait ressortir Rebecca. « Et d’un point de vue économique, le gaspillage alimentaire coûte plus de 750 milliards de dollars à la planète chaque année. » 

Foodwise, qui s’est également établie à Madagascar, sert d’intermédiaire entre les entreprises – les donneurs – et les ONG qui ravitaillent les bénéficiaires, en passant souvent par des transporteurs bénévoles. « Notre mission est de professionnaliser, structurer et sécuriser les donations alimentaires afin de contribuer à une économie plus respectueuse des ressources, plus responsable et solidaire », indique Rebecca. En effet, l’entreprise prend en charge la gestion des invendus, des aspects administratifs et logistiques jusqu’aux aspects légaux. Avec l’aide d’une firme légale, Foodwise a développé des documents légaux qui ont pour objectif de protéger les donateurs. Ces documents sont signés par les acteurs, les parents des enfants et les ONG. 

 Pour l’instant, Foodwise travaille avec une quinzaine d’entreprises, principalement des supermarchés, grossistes, hôtels ou cafés qui ont chacun des modèles de distribution différents. Les supermarchés mettent de côté les fruits et légumes qui ne sont pas conformes aux normes esthétiques, les produits secs avec un emballage un peu abîmé, les boîtes de conserve un peu bosselées et les produits approchant la date d’expiration.

Sécurité Sanitaire

Les grossistes, eux, appellent Foodwise de façon ponctuelle quand ils ont des produits qui vont bientôt expirer en grande quantité. Ainsi, en l’espace de six mois, plus de 77 000 produits laitiers de Maurilait ont été récupérés et redistribués. Et, en un mois, Neofoods a redistribué 685 kilos de nourriture bio et saine à des ONG et Proxifresh a fait un don de près de 700 kg de légumes et fruits à SOS Femmes et Chrysalide. 

Quant aux hôtels, ils récupèrent au quotidien le surplus de nourriture servie au buffet. Pour garantir la sécurité sanitaire, chaque étape est menée dans le respect de règles rigoureuses. Tous les plats sont conservés selon les normes HACCP, stockés dans des glacières et transportés ensuite dans les véhicules frigorifiés des fournisseurs venus déposer des produits à l’hôtel. Foodwise leur indique quelles ONG ou écoles défavorisées se situent sur leur itinéraire et ils remettent alors la nourriture au destinataire sans engager de coûts ou de temps supplémentaires. Sur place, la nourriture est réceptionnée par une équipe de l’ONG et distribuée aux bénéficiaires. 

Afin de financer l’organisation, les jeunes de Foodwise ont plusieurs projets en tête. Parmi, le Re-juice bar by Foodwise, qui est un bar à jus de fruits et légumes frais mobile avec lequel ils iront dans les centres commerciaux de l’île pour vendre des jus qu’ils auront préparés avec des fruits et légumes récupérés des fournisseurs car ne correspondant pas aux normes esthétiques. A travers cette initiative, ils espèrent aussi pouvoir sensibiliser le public au gaspillage alimentaire afin de mettre tout le monde à contribution.