FoodWise – Non au gâchis alimentaire

FoodWise – Non au gâchis alimentaire

Article Essentielle Magazine

Les chiffres donnent le tournis: 279 kilos de nourriture atterissent à la poubelle chaque minute. Des données de Statistics Mauritius que Rebecca Espitalier-Noël, Managing Director de FoodWise met en évidence. Et de spécifier: 17% de la population mauricienne serait en insécurité alimentaire et 24,3% d’enfants ne mangeraient pas à leur faim.

Active depuis 2018, FoodWise récupère surplus, invendus et produits alimentaires en passe d’être périmés pour les redistribuer aux quatre coins de l’île. Ce sont du coup entre cinq à sept tonnes de nourriture redistribuées mensuellement à travers le pays avec la collaboration des ONGs.

Depuis la crise générée par la Covid, les demandes des ONG pour soulager de nombreuses familles mauriciennes sont en hausse. Heureusement que davantage d’entreprises engagées dans le secteur alimentaire se sont jointes au mouvement national anti-gaspillage alimentaire porté par FoodWise. De mars à mai 2020, ce sont 60 tonnes de nourriture que FoodWise a redistribuées par mois. Parmi, des produits laitiers, des fruits et légumes, entre autres.

Tout commence en 2015. Sept jeunes travaillent sur un projet anti-gaspillage alimentaire au sein de l’incubateur La Turbine avec l’Allemande Julia Venn (celle-ci a ouvert deux autres antennes à Madagascar et en Côte d’Ivoire). Ces sept personnes, dont Rebecca Espitalier-Noël, sont les co-fondateurs de FoodWise. Un premier partenariat voit le jour avec un groupe hôtelier. En filigrane, un constat: l’absence de conscientisation contre le gaspillage alimentaire.

“La pandémie nous a confortées dans l’idée que le gaspillage alimentaire doit être freiné…”

Avant de se lancer, il faut d’abord instaurer un cadre légal dans lequel opérer. Le démarrage est lent, mais l’enthousiasme de Rebecca ne faiblit pas. “La pandémie nous a confortées dans l’idée que le gaspillage alimentaire doit être freiné; davantage de familles sont en situation précaire. Même les personnes qui ont les moyens se sont rendu compte que nul n’est à l’abri…”

FoodWise opère avec une petite équipe et une trentaine de bénévoles aux quatre coins de l’île. “Il y a toute une logistique à gérer allant du transport à la récupération des produits alimentaires. Nous avons un partenariat avec quatre entreprises de distribution qui récupèrent les produits pour les redistribuer aux ONG.” Et depuis juin 2020, en partenariat des supermarchés Winner’s, FoodWise orchestre une levée de produits alimentaires à chaque fin du mois dans tout le pays. Résultat: Rs 1,6 millions de produits de base ont été récoltés après 5 jours de présence fin juin et Rs 900 000 fin juillet, l’opération ayant été étalée sur 3 jours.

Question de Statut

FoodWise a un statut de compagnie privée, mais ses membres ne sont pas des associés au sens classique du terme. Ils ne perçoivent pas de dividendes. Tous les revenus de l’activité sont réinvestis dans l’entreprise. Ce statut est comparable à celui d’une ONG habilitée à recevoir des subventions. Et FoodWise est en mesure de développer des activités génératrices de revenus comme Rejuice à Bagatelle.

Rejuice en bref

Ce juice bar comme les autres, opérationnel fin septembre 2020, recyclera les fruits et légumes en surplus ou qui ne correspondent pas aux normes esthétiques afin de les transformer en jus frais. Ce projet zéro déchet a été testé en 2019. Rejuice  fonctionnera grâce à des achats de légumes et fruits au tiers du prix car ils sortent des circuits suivant leur date limite de distribution.

Qui sont-elles?

Rebecca Espitalier-Noël, Managing Director. Son père est un homme d’affaires et sa mère, engagée dans le social. Rebecca trouve les deux métiers compatibles et s’engage à les relier. Elle entame des études d’économie et de management avant de passer quatre mois chez Phare, une ONG lancée par sa tante Géraldine de Spéville au Cambodge. Puis elle change de filière d’études et poursuit un Master en Social Business et Développement International à Sciences Po, Paris, avant de rentrer au pays. À 26 ans, Rebecca entend faire la différence à sa manière en oeuvrant avec une équipe qui partage ses valeurs pour faire de Maurice une société plus inclusive.

Agéna Hardy, FoodWise Receiver Intern. Elle aime l’aventure. Pas étonnant qu’elle s’envole munie d’un sac à dos pour goûter à cinq années d’aventures en France avant de mettre le cap sur l’Australie après trois années d’études en Hospitality Management à Lyon puis à la Rochelle. Son envie de liberté la conduit à Bali avant son retour à Maurice. Mais l’hôtellerie ne la fait pas vibrer; elle a envie de donner du sens à sa vie. En 2019 elle rejoint FoodWise. Si elle est restée, confie la jeune femme de 24 ans, c’est parce qu’elle vit depuis une belle aventure avec son île. C’est elle qui sert de relais entre FoodWise et les ONGs.

Aliya Chojoo, Communications Intern. Elle crée du contenu pour les réseaux sociaux de FoodWise. À 21 ans, Aliya est titulaire d’une Licence en Développement Durable et Histoire de l’université de Warwick. À la fac, elle apprend à développer son esprit critique quant aux Objectifs du Développement Durable liés à la protection marine. Elle comprend qu’il faut plus de recherches et de structures préventives pour éviter des catastrophes écologiques comme celle engendrée par le naufrage du Mv Wakashio. “Je me retrouve à FoodWise car cela me conforte dans mes valeurs sociales et écolo et dans l’idée que la vie est un combat.”

Aurélia Desmarais, Head of Operations. Avec Rebecca Espitalier-Noël, elle est la deuxième employé. C’est elle qui gère les données et l’organisation souvent frénétique au sein de FoodWise. “Il arrive parfois qu’il faille distribuer 24 tonnes de nourriture en deux jours. Pour y arriver, il faut que la logistique suive.” Diplômée en Business Management, la jeune fille de 23 ans multiplie les stages en entreprises pour parfaire ses connaissances. Mais elle s’ennuie. Un voyage en Indonésie la transforme et la conforte dans l’idée qu’elle peut faire quelque chose pour apporter du changement. C’est ainsi qu’elle frappe à la porte de FoodWise en avril 2019.

 

Source : Essentielle Magazine, Édition Septembre 2020.